Des chimistes et mathématiciens toulousains ont mis au point un outil biométrique permettant de capter les odeurs corporelles sur les scènes de crime.

Une empreinte olfactive

À l’instar des empreintes digitales qui sont uniques à chaque individu, nous sommes également dotés d’une signature olfactive qui nous est propre, comme l’explique Alexandra ter Halle, une des initiatrices du projet.

« Chaque individu possède une empreinte olfactive unique. Elle est constituée de plusieurs centaines de composés organiques volatils (alcools, alcanes, acides carboxyliques, esters…) dont la nature et les quantités sont déterminées génétiquement parmi un nombre quasi infini de possibilités »

Cette odeur caractéristique est sécrétée par les glandes sudoripares et sébacées de notre corps, comme les aisselles, le pubis, le crâne, les mamelons, la paume des mains et la plante des pieds.

En plus de ces éléments, l’odeur humaine est composée de deux types de mélanges supplémentaires de molécules :

  • celui induit par le régime alimentaire, le niveau de stress ou l’état de santé
  • le dernier est apporté par les apports extérieurs de l’environnement : il peut s’agir de la fumée de cigarette ou bien des produits cosmétiques utilisés (maquillage, déodorant, parfum, etc.)

Police scientifique

La possibilité de récolter les odeurs laissées par les individus sur une scène de crime peut constituer un avantage certain lorsque les criminels les plus précautionneux prennent soin de ne laisser aucune empreinte digitale ou trace ADN (par des morceaux de peau, des cheveux ou des poils). En effet, il est beaucoup plus difficile de ne laisser aucune empreinte olfactive sur son passage, celle-ci étant naturellement sécrétée par les pores de la peau. Seulement il était encore difficile, voire impossible de collecter et interpréter ces odeurs pour en tirer un profil olfactif.

Nos amis les bêtes

C’est d’ailleurs pour cela que les forces de police utilisent des chiens, que ce soit au sein de brigades criminelles ou bien avec la douane. Grâce à leurs cellules olfactives qui sont 35 fois plus nombreuses que chez l’Homme, nos amis à quatre pattes peuvent identifier un mélange d’odeurs avec une précision encore jamais égalée, même par des machines !

« À ce jour, aucun appareil ne s’est montré aussi performant que les canidés pour identifier l’odeur humaine. Ils peuvent différencier des jumeaux homozygotes vivant sous le même toit et ayant le même régime alimentaire » selon Barbara Ferry, neuroscientifique du CNRS qui travaille en collaboration avec la police scientifique depuis près de dix ans.

Berger malinois policier

Cette technique a même un nom : l’odorologie ! Elle a été mise au point durant la Guerre Froide en Union Soviétique pour traquer les dissidents politiques. Après la chute de l’URSS, la police française a été se former en Hongrie pour une réutilisation dans l’Hexagone. L’odorologie consiste à piéger, grâce à des bande de textile spécial, les odeurs laissées sur une scène de crime. La police a jusqu’à quatre jours pour prélever un échantillon : au-delà, celui-ci devient inutilisable à cause du caractère volatile des odeurs. Le textile est ensuite enveloppé dans du papier d’aluminium pour conserver l’odeur, mis sous scellé dans un bocal stérile et analysé par des chiens dans une série d’exercices dans lesquels les animaux sont confrontés à des odeurs leurres.

Avoir le nez creux

L’odorologie a été utilisée dans plus de 250 affaires depuis 2003, et a permis 160 identifications. Une odorothèque est d’ailleurs constituée à la Sous-Direction de la Police Scientifique et Technique dans le Rhône, et qui est composée de 3 500 odeurs corporelles. Cela est encore très inférieur au Fichier National Automatisé des empreintes génétiques, qui contient plus de 2,8 millions de profils ADN ! L’odorologie est une technique qui nécessite du temps, car il faut deux ans pour former les chiens à la reconnaissance des odeurs.

Chien renifleur

Cette science des odeurs souffre aussi d’une certaine méfiance de la part des magistrats, ces derniers considérant cette technique comme « trop empirique » selon Barbara Ferry. En effet, malgré les précautions prises pour éviter les faux positifs, il arrive que les chiens ne reconnaissent pas l’odeur d’un criminel malgré la présence de son ADN sur la scène du crime.

C’est pour parer à ces difficultés que les chercheurs de Toulouse : ils ont conçu un « organogel » microporeux constitué d’huiles végétales qui permettent de figer les molécules odorantes dans une surface compacte d’une grande capacité et avec une plus grande fiabilité que les tissus actuellement utilisés.

« Nos calculs indiquent que dans une pastille d’organogel de la taille d’une pièce de monnaie, la surface de contact avoisine 200 m2 autant qu’un court de tennis ! » explique Alexandra ter Halle.

Une fois les odeurs piégées dans cette « éponge moléculaire », les chercheurs souhaitent identifier précisément les molécules composantes à l’aide d’un spectromètre de masse. Pour cela, ils travaillent sur un algorithme capable d' »isoler l’empreinte olfactive des individus » et qui pourrait permettre de fournir des informations scientifiques sur le suspect et son environnement qui pourront servir de preuve auprès des magistrats.

Odorologie

Un brevet a été déposé pour le gel, qui pourrait fournir un prototype d’ici trois ans. Des discussions sont déjà en cours avec la gendarmerie et le Ministère de l’Intérieur pour une prochaine utilisation.

Identifier des criminels par leur odeurhttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2017/03/truffe-chien.jpghttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2017/03/truffe-chien-300x300.jpgMarionNouvelles TeKnologieschien renifleur,odorologie,police scientifique
Des chimistes et mathématiciens toulousains ont mis au point un outil biométrique permettant de capter les odeurs corporelles sur les scènes de crime. Une empreinte olfactive À l'instar des empreintes digitales qui sont uniques à chaque individu, nous sommes également dotés d'une signature olfactive qui nous est propre, comme l'explique Alexandra...