La prévention des cancers reste la meilleure chance de guérison des patients, et cette nouvelle technique biotechnologique pourrait bien constituer une belle avancée dans le domaine.

Un enjeu sanitaire

D’abord testée sur des souris et des tissus de porc, la technique consiste à poser sous la peau un implant constitué de cellules vivantes. Celles-ci prennent une couleur foncée lorsqu’elles détectent un surplus de calcium dans l’organisme. En effet, on estime que 10 à 30% des tumeurs entraînent un surplus de calcium, appelé hypercalcémie maligne. 80% de ces cas tirent leur origine de la production d’une protéine appelée PTHrp qui imite les effets d’une autre protéine nommée PTH. Celle-ci a pour effet d’activer les ostéoclastes (des cellules dédiées à la destruction naturelle de l’os) et augmente la quantité de calcium absorbée par les intestins et les reins, libérant ainsi une quantité importante de calcium dans le sang.

Cette sécrétion excessive de calcium est souvent détectée en même temps que les premiers symptômes d’une tumeur et qui restent difficilement identifiables, comme des nausées, des vomissements ou de la fatigue. Une fois l’hypercalcémie identifiée, on estime que près de 50% des patients décèdent en l’espace d’un mois. Afin de contrer ce pronostic défavorable, il est donc crucial de pouvoir détecter ce phénomène le plus tôt possible. L’hypercalcémie maligne est généralement associée aux cancers du poumon et du sein, bien qu’elle puisse survenir dans tous les cas de tumeurs.

Une découverte au fort potentiel

Grâce au dispositif créé par les chercheurs travaillant sur le projet, l’implant permet de détecter une hypercalcémie à partir du seuil de 5,6 mg/dL contre 10mg/L, seuil à partir duquel surviennent les premiers symptômes. Cette technique s’avère donc très prometteuse pour les patients, qui pourraient être diagnostiqués bien plus tôt et de ce fait avoir plus de chances de guérison. On estime en effet qu’un cancer du sein détecté tôt présent 98% de chances de guérison. Si la tumeur est détectée trop tardivement, une femme sur quatre seulement a de bonnes chances de guérir.

Martin Fussenegger, professeur au Département des sciences et de l’ingénierie des biosystèmes à l’ETH Zurich à Bâle, a dirigé les travaux concernant l’implant. Il déclare à ce sujet :

« De nos jours, les gens vont généralement chez le médecin seulement quand la tumeur commence à causer des problèmes. Malheureusement, à ce moment-là, il est souvent trop tard »

Le système mis en place par les chercheurs consiste en un réseau de cellules modifiées dont les gènes réagissent spécifiquement à l’arrivée du calcium. Celle-ci provoque alors une réaction en chaîne avec une production de mélanine, une molécule qui donne sa couleur foncée à la peau et qui est produite lors d’une exposition aux rayons UV. Lorsque les cellules contenues dans l’implant sous la peau détectent une quantité suffisante et prolongée de calcium, elles produisent de la mélanine et deviennent ainsi plus foncées à l’œil nu et forment un grain de beauté artificiel. Un signe qui pourrait enclencher des examens plus approfondis et donc augmenter les chances de diagnostic précoce et de guérison.

Le professeur Fussenegger déclare à ce sujet :

« Un porteur de l’implant devrait alors voir un médecin pour une évaluation plus poussée après son apparition« 

Une hypercalcémie n’étant pas obligatoirement le signe d’une tumeur, les autres causes doivent préalablement être écartées comme l’hyperparathyroïdie qui conduit à une surproduction de PTH. L’apparition du grain de beauté ne doit donc pas être vu comme un diagnostic certain de tumeur, mais comme un potentiel signe avant-coureur qui peut trouver plusieurs origines autres qu’une hypercalcémie maligne.

Un prototype à améliorer

Cet implant n’en est qu’à l’état de prototype et présente quelques inconvénients : tout d’abord, sa durée de vie est limitée, les cellules contenus dans ce « tatouage biomédical » durent environ un an, délai au bout duquel elles doivent être inactivées et remplacées. De plus, si les cellules utilisées ne proviennent pas de l’individu qui reçoit l’implant, elles doivent être retirées afin d’éviter tout risque de rejet du système immunitaire avant la fin du délai d’un an.

Les recherches pour améliorer le prototype sont longues et coûteuses : il faudra donc faire preuve de patience avant de pouvoir bénéficier de cette technologie. La durée de la phase de recherche et développement est ainsi estimée à dix ans avant une potentielle mise sur le marché. Le professeur Fussenegger rajoute :

« Le développement et les essais cliniques sont laborieux et coûteux, ce que nous, en tant que groupe de recherche, ne pouvons pas nous permettre« 

L’implant constitue néanmoins un formidable progrès dans le domaine médical dont le principe peut être repris pour diagnostiquer d’autres pathologies comme les maladies dégénératives ou les troubles hormonaux, en remplaçant le capteur de calcium par celui de toute autre substance recherchée.

Un grain de beauté artificiel pour détecter les cancershttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2018/04/grain-de-beaute-artificiel.jpghttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2018/04/grain-de-beaute-artificiel-300x300.jpgMarionDéKouvertecancer,diagnostic médical,grain de beauté,implant,tumeur
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