Cette intelligence artificielle permet de connaître l’état mental des souris et rats lorsque l’on teste des substances psychotropes sur eux.

À l’écoute des rongeurs

Lorsque des chercheurs testent des substances à effets psychotropes sur des souris ou des rats, ils utilisent plusieurs indicateurs pour mesurer leurs effets : rythme cardiaque, taux de cortisol, appétit, durée du sommeil, etc. Néanmoins, pour le pharmacologue Kevin Coffey, « le mieux est d’écouter ce que se racontent les animaux ». Pour cela, il a conçu avec ses collègues DeepSqueak. Cette intelligence artificielle détecte et analyse les ultrasons émis par les rongeurs et qui constituent une sorte de langage entre les membres d’une même espèce inaudible pour l’oreille humaine. Les chercheurs ont ainsi réussi à classer les cris émis par un rat triste car privé de sucre ou joyeux car il vient d’en recevoir. Alors que les précédents logiciels utilisés mettaient plusieurs mois pour étudier ces interactions, DeepSqueak ne prend que quelques jours.

« Les rongeurs semblent les plus heureux lorsqu’ils anticipent une récompense ou lorsqu’ils jouent avec leurs congénères », précise Kevin Coffey. « Lorsqu’ils sont sous l’effet de la drogue, ils se manifestent à la fois par des appels négatifs et positifs, ce qui souligne bien la nature duale de l’addiction »

Mieux combattre l’addiction

Les résultats ont déjà permis de nombreuses avancées, notamment sur les effets de l’addiction sur le comportement. Cela permet au laboratoire Neumaier de l’École de Médecine de l’Université de Washington, actuellement en pleine étude sur l’impact psychologique des psychotropes, de proposer de nouvelles pistes dans la création de traitements de substitution à l’alcool et aux opiacés.

Cette dernière a des effets ravageurs aux États-Unis, puisque le risque de mourir d’une overdose d’opiacés a été multiplié par quatre depuis le début de ce siècle. À tel point qu’actuellement, le risque de décès par overdose d’opiacés est plus important que par un accident de la route. L’enjeu sanitaire est donc de taille, et une meilleure compréhension des effets de l’addiction permettront, à terme, de sauver des centaines de vie. On estime actuellement que deux millions d’américains sont dépendants aux opiacés.

« Ce qui a commencé il y a plus de deux décennies en tant que problème de santé publique principalement chez les hommes blancs jeunes et d’âge moyen, est désormais une épidémie d’abus d’opiacés sur ordonnance et illicites qui affecte tous les segments de la société américaine »

Cette croissance exponentielle est notamment due à une proportion de prescription d’opiacés par les médecins américains supérieure à la moyenne mondiale, mais les experts ciblent également le lobby de l’industrie pharmaceutique afin de proposer leurs produits aux médecins généralistes, qui sont les plus à même de rencontrer des patients en souffrance et donc de prescrire des substances opiacées.

DeepSqueak livre les pensées des rongeurshttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2019/01/deep-squeak.jpghttps://k-actus.net/wp-content/uploads/2019/01/deep-squeak-300x300.jpgMarionNouvelles TeKnologiesaddiction,DeepSqueak,Intelligence artificielle,rats,rongeurs,souris,traitement de l'addiction
Cette intelligence artificielle permet de connaître l'état mental des souris et rats lorsque l'on teste des substances psychotropes sur eux. À l'écoute des rongeurs Lorsque des chercheurs testent des substances à effets psychotropes sur des souris ou des rats, ils utilisent plusieurs indicateurs pour mesurer leurs effets : rythme cardiaque, taux...